cybersécurité

 

 

Etat civil, prestations sociales, informations familiales, données financières… Les collectivités territoriales détiennent une quantité considérable d'informations sur leurs habitants. Des données indispensables au fonctionnement des services publics, mais qui constituent aussi une cible pour les cybercriminels. Face à la progression des vols de données, les derniers chiffres de l'ANSSI et de la CNIL rappellent que les conséquences d'une cyberattaque dépassent largement les services informatiques.

 

📊 Des vols de données en forte progression

En France, la menace informatique reste élevée. Selon le Panorama de la cybermenace 2025, publié en mars 2026 par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), 1 366 incidents de cybersécurité ont été confirmés en 2025, contre 1 361 en 2024.

Si le nombre total d'incidents reste relativement stable, les méthodes des cybercriminels évoluent.

L'ANSSI relève notamment :

  • 196 incidents d'exfiltration de données en 2025, contre 130 en 2024, soit une augmentation de 51 %.
  • 24 % des incidents traités concernent les ministères et les collectivités territoriales, regroupés dans une même catégorie statistique.
  • 128 compromissions par rançongiciel, contre 141 en 2024.

Le constat est similaire du côté de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). En 2025, 6 167 violations de données personnelles lui ont été notifiées, soit une augmentation d'environ 10 % par rapport à 2024. Un incident déclaré sur deux relève d'un piratage.

Ces chiffres concernent l'ensemble des organismes publics et privés. Ils illustrent néanmoins une évolution importante : les cyberattaques ne cherchent plus uniquement à bloquer les systèmes informatiques. Le vol de données constitue désormais un objectif à part entière.

 

🏛️ Les collectivités, des cibles particulièrement exposées

Dans une synthèse publiée en février 2025, l'ANSSI indique avoir traité 218 incidents de cybersécurité concernant les collectivités territoriales au cours de l'année 2024.

Les conséquences peuvent être importantes : interruption de services administratifs, indisponibilité des logiciels métiers, difficultés de paiement des fournisseurs ou impossibilité d'accéder aux dossiers des administrés.

Les collectivités présentent également des situations très différentes. Si certaines disposent d'équipes informatiques spécialisées, de nombreuses petites communes s'appuient sur des prestataires extérieurs et disposent de moyens limités pour prévenir les attaques ou y répondre.

La taille d'une collectivité ne constitue donc pas une protection contre le risque informatique.

 

⚠️ Des attaques aux conséquences bien réelles

Plusieurs événements récents illustrent la diversité des risques auxquels sont confrontés les services publics et leurs usagers.

En Bourgogne-Franche-Comté, la Carte Avantages Jeunes ciblée

Le 8 janvier 2026, le dispositif Carte Avantages Jeunes de Bourgogne-Franche-Comté a été victime d'une cyberattaque.

Selon les informations rapportées par L'Est Républicain, les données d'identification d'environ 120 000 titulaires auraient été compromises. Aucune donnée bancaire ni aucun mot de passe n'auraient été concernés.

Cet incident, qui a fait l'objet d'une communication de la Région Bourgogne-Franche-Comté le 21 janvier 2026, montre qu'un service numérique destiné au grand public peut exposer les informations de nombreux usagers.

Il rappelle également que les organismes et dispositifs partenaires des collectivités participent pleinement aux enjeux de protection des données.

A Drancy, des services municipaux perturbés pendant plusieurs semaines

Début juillet 2026, la ville de Drancy, en Seine-Saint-Denis, a subi une cyberattaque qui a contraint ses équipes à arrêter près d'une centaine de serveurs informatiques.

Dans un bilan publié le 31 août, la municipalité explique que certaines opérations courantes sont devenues particulièrement difficiles : paiement des fournisseurs, facturation des prestations municipales ou instruction des demandes d'urbanisme.

Les agents ont dû adapter leurs méthodes de travail pendant une grande partie de l'été, le temps de restaurer progressivement les systèmes à partir de sauvegardes sécurisées.

Au-delà des risques de fuite de données, cet événement rappelle à quel point le fonctionnement quotidien des collectivités dépend désormais de leurs infrastructures numériques.

 

👥 Derrière les données volées, des habitants exposés

Une cyberattaque ne s'arrête pas nécessairement lorsque les systèmes informatiques sont rétablis.

Noms, adresses, dates de naissance, coordonnées téléphoniques ou informations administratives peuvent être exploités pour préparer de nouvelles tentatives de fraude.

Ces informations peuvent notamment faciliter l'usurpation d'identité, les campagnes d'hameçonnage ciblées ou les escroqueries reposant sur l'utilisation de données personnelles.

Le risque est d'autant plus important lorsque plusieurs fichiers issus de différentes fuites sont rapprochés. Des informations apparemment anodines, prises isolément, peuvent devenir particulièrement utiles aux fraudeurs lorsqu'elles sont croisées.

Le rapport d'activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr souligne ainsi une augmentation de 107 % des demandes d'assistance de particuliers liées aux violations de données personnelles.

Les conséquences peuvent donc se prolonger bien après l'incident initial.

Une collectivité peut restaurer ses serveurs et reprendre son activité. En revanche, elle ne peut pas garantir la disparition d'informations personnelles déjà diffusées.

 

🔎 Connaître ses données pour mieux les protéger

Face à ces risques, la cybersécurité ne relève pas uniquement des services informatiques.

Elle repose également sur une bonne connaissance du patrimoine de données détenu par les collectivités : quelles informations sont collectées, où sont-elles stockées, qui peut y accéder et avec quels organismes sont-elles partagées ?

La multiplication des logiciels métiers, des plateformes numériques et des échanges entre administrations rend cette connaissance indispensable.

Plusieurs mesures contribuent à réduire les risques : identifier les données sensibles, limiter les droits d'accès, renforcer l'authentification, maintenir les systèmes à jour, tester régulièrement les sauvegardes et sensibiliser les agents.

La dépendance aux prestataires constitue également un point de vigilance. Une faille chez un fournisseur de services numériques peut potentiellement affecter plusieurs collectivités utilisant une même solution.

Dans ce contexte, la mutualisation des compétences et des moyens de protection représente un levier important, particulièrement pour les petites collectivités.

En Bourgogne-Franche-Comté, le CSIRT-BFC participe à cet accompagnement, notamment en matière de prévention et de réponse aux incidents.

 

🗺️ La gouvernance des données, un enjeu de confiance

Les collectivités produisent, exploitent et partagent chaque jour des données essentielles à la conduite des politiques publiques.

Le développement de l'open data, des plateformes territoriales et des échanges entre organismes offre de nouvelles possibilités pour améliorer la connaissance des territoires et les services rendus aux habitants.

Mais cette circulation croissante des informations doit s'accompagner d'une maîtrise de leur qualité, de leur sensibilité et de leurs conditions d'accès.

Il est notamment essentiel de distinguer les données publiques destinées à être diffusées librement de celles dont l'accès doit rester limité aux personnes habilitées.

Cette approche rejoint les enjeux portés par IDéO BFC : faciliter le partage et la valorisation des données territoriales, tout en encourageant une gouvernance responsable et une maîtrise des accès.

Car la donnée constitue un patrimoine précieux pour les collectivités. Sa protection est aussi une responsabilité envers les habitants qui leur confient leurs informations.

 

 

🔎 Pour aller plus loin