Les images de grands incendies dans le Sud de la France faisaient autrefois figure d'exception pour de nombreux territoires. Aujourd'hui, la multiplication des épisodes de sécheresse, des vagues de chaleur et des vents favorables à la propagation du feu dessine une nouvelle réalité : le risque progresse vers le nord. La Bourgogne-Franche-Comté, avec ses vastes massifs forestiers, n'échappe plus à cette évolution.
La question n'est donc plus de savoir si notre région sera concernée, mais quand elle le sera... et surtout si elle sera prête. La bonne nouvelle, c'est que les territoires qui découvrent ce risque peuvent s'appuyer sur plusieurs décennies d'expérience acquises par les départements méditerranéens. Plus encore, ils disposent aujourd'hui d'un atout que leurs prédécesseurs n'avaient pas : la puissance des données.
🌲 Un risque qui change de géographie
La Bourgogne-Franche-Comté compte près de 1,75 million d'hectares de forêts, soit environ 36 % de son territoire, ce qui en fait l'une des régions les plus boisées de France. Si les grands incendies y restent encore rares, les conditions météorologiques favorables à leur apparition deviennent plus fréquentes.
Face à cette évolution, l'enjeu n'est plus seulement de renforcer les moyens d'intervention. Il consiste surtout à développer une véritable culture de l'anticipation.
🚒 S'inspirer de l'expérience des territoires du Sud
Les SDIS du Var, des Bouches-du-Rhône, de l'Hérault ou encore des Landes ont progressivement construit une expertise reconnue dans la prévention des incendies. Cette expérience ne se limite pas aux techniques d'intervention : elle repose aussi sur une connaissance très fine du territoire et sur l'exploitation quotidienne des données.
Aujourd'hui, de nombreux outils sont déjà éprouvés :
- images satellites pour suivre l'état de la végétation
- caméras intelligentes capables de détecter un départ de fumée
- drones pour surveiller les massifs
- modèles météo permettant d'anticiper les journées les plus critiques
- plateformes SIG regroupant en temps réel toutes les informations utiles aux secours
Les régions nouvellement exposées n'ont donc pas besoin d'inventer ces dispositifs. Elles peuvent directement bénéficier de ces retours d'expérience et adapter ces solutions à leurs propres territoires.
📊 La donnée devient le premier outil de prévention
Avant même l'arrivée des pompiers, la donnée joue déjà un rôle essentiel.
Les cartes forestières, les modèles numériques de terrain, les prévisions météorologiques, les données de sécheresse, les essences forestières, les accès aux massifs ou encore la localisation des habitations sont autant d'informations qui, une fois croisées, permettent d'identifier les secteurs les plus vulnérables.
L'intelligence artificielle renforce encore ces capacités en analysant automatiquement des milliers d'images issues de satellites ou de caméras afin de détecter les premiers signes d'un départ de feu. Quelques minutes gagnées peuvent suffire à éviter qu'un incendie ne devienne incontrôlable.
⚖️ OLD : une réglementation qui repose sur des données fiables
Les Obligations Légales de Débroussaillement (OLD) constituent aujourd'hui l'un des principaux leviers de prévention. Elles imposent de réduire la végétation autour des constructions situées dans les zones exposées afin de limiter la propagation des flammes et de faciliter l'intervention des secours.
Mais appliquer cette réglementation suppose de disposer de données géographiques de qualité. Il faut être capable d'identifier précisément :
- les massifs forestiers concernés
- les bâtiments soumis aux obligations
- les parcelles cadastrales
- les propriétaires à informer
Autrement dit, sans référentiels géographiques fiables, l'application des OLD devient rapidement complexe.
💧 La DECI : des points d'eau... mais surtout des données
La Défense Extérieure Contre l'Incendie (DECI) est souvent résumée aux Point d'Eaux Incendie (PEI). En réalité, elle constitue un véritable système d'information territorial.
Les règlements départementaux de DECI recensent l'ensemble des ressources en eau mobilisables par les secours : poteaux, bouches incendie, réserves, citernes ou encore points d'eau naturels. Chaque équipement doit être localisé, contrôlé, caractérisé et régulièrement mis à jour.
Ces données permettent ensuite de cartographier les secteurs correctement protégés, d'identifier les zones insuffisamment couvertes et de programmer les futurs investissements des collectivités. Là encore, la qualité de la donnée conditionne directement l'efficacité opérationnelle.
🤝 Anticiper plutôt que subir
Les territoires méditerranéens ont construit leur savoir-faire au fil de décennies marquées par des incendies. Les autres régions disposent aujourd'hui d'une opportunité différente : apprendre avant la catastrophe.
Préparer les territoires, c'est bien sûr former les acteurs et adapter les équipements. Mais c'est aussi partager les données entre SDIS, collectivités, services de l'Etat, gestionnaires forestiers, Météo-France, IGN ou encore ONF afin de disposer d'une vision commune du risque.
La donnée ne remplacera jamais les femmes et les hommes engagés sur le terrain. En revanche, elle peut permettre d'anticiper, de détecter plus tôt et d'intervenir plus efficacement. Dans un contexte où le risque évolue rapidement, elle devient un outil indispensable de la prévention.
📚 Pour aller plus loin
- Ministère de la Transition écologique : Prévention des feux de forêt et obligations légales de débroussaillement
- Géorisques : Comprendre le risque « Feu de forêt »
- Météo-France : Météo des forêts
- Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire : Base de Données sur les Incendies de Forêts en France (BDIFF)